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  :: la plongée    

un message de Jacques Laborel, Professeur Honoraire à l'Université de Marseille.

Cher collègues et amis du monde sous marin,

Je viens, à l'instant (11 Octobre 2002 à 13h 30), de voir au journal de 13 heures sur France 2 un reportage sur l'éventuelle suppression du moratoire de la chasse sur le Mérou qui m'a choqué profondément. Non pas parce que le moratoire doit être remis périodiquement en question, ce qui est normal, mais PAR LA PRÉSENTATION DÉFORMÉE DU PROBLÊME QUI EN ÉTAIT FAITE À L'ÉCRAN :

Lieu du reportage le parc de port Cros :
trois interviewés :

- Deux médaillés de la chasse sous-marine ( CANTOU et un autre) nommément identifiés à l'écran (médaille oblige!) :
citations longues pour présenter en détail leur version favorable à la réouverture de la chasse, ce qui est leur droit.

Un seul conservateur : Philipe Robert (non identifié à l'écran) et dont le message, évidemment plus réservé est tronqué en amont et en aval ce qui lui ôte une bonne partie de son poids.

On apprend ainsi ce que tout le monde sait, que le Mérou mange poulpes et langoustes etc. etc.. vérités grossies de façon à présenter son développement actuel comme excessif et PRÉSENTER LA RÉOUVERTURE SOUHAITÉE DE LA CHASSE AU MÉROU COMME UN SUCCÉS DE LA CONSERVATION ET D'UNE GESTION BIEN CONDUITE.

Personne par contre pour dire que :

a) Personne n'a jamais évalué les populations de Mérou dans la Méditerranée des années quarante (voir anciens films de Cousteau): considérables alors sur tous les fonds rocheux...et il ne manquait alors ni de poulpes ni de langoustes. On est donc bien en peine de pouvoir établir un maximum de population théorique à préserver.

b) que le comportement des Mérous est maintenant tel que les deux tiers ou les trois quarts des Mérous de nos fonds rocheux sont répartis en petits groupes, bien répertoriés, et vivant sans peur du plongeur à des profondeurs bien moindres qu'il y a trente ou quarante ans. Sur le flanc oriental des " Rosiers " à la Ciotat, (et en beaucoup de sites moins connus) il y a en permanence au moins 8 Mérous de toutes tailles qui se tiennent en groupe assez compact (Août Septembre 2002) entre 18 et 30 m donc à portée de l'apneiste moyen alors que vers 1985 il n'y avait sur le même tombant qu'un seul gros individu qui habitait une fissure vers 42m et qui devait sa survie à une méfiance en acier inox pour tout ce qui portait des palmes.
Tous ces groupements sont bien connus des plongeurs et des apneistes et la plupart des groupes seront donc éliminés dés les premières semaines de la réouverture.

c) que les chasseurs sous marins ne pratiquent pas une pêche professionnelle mais une activité de loisirs ni plus ni moins que les plongeurs autonomes, qui observent et photographient le Mérou pour leur bonheur personnel et qui ont au moins autant qu'eux leur mot a dire sur la question. On retrouve l'argument éculé des chasseurs terrestres contre les " nuisibles " présentés comme des concurrents illégaux des chasseurs, seuls prédateurs vraiment écologiques, d'autant plus qu'ici le nuisible en question est éminemment comestible...

d) Que comme le disait il y a quelques années C.F. BOUDOURESQUE, un mérou vivant rapporte au moins dix fois, au niveau de la plongée de loisirs, autant qu'un Mérou harponné qui, par manque de surveillance finit en général de façon illégale dans le circuit parallèle des restaurants. Au contraire, la conservation du Mérou, aidée par la reprise éventuelle de sa reproduction normale attire vers les clubs de plongée de nos cotes de nombreux plongeurs générant profits et emplois.

JE NE M'ÉLÈVE DONC PAS CONTRE UNE RÉVISION SCIENTIFIQUE RÉGULIÈRE DU STATUT DU MÉROU, beaucoup d'entre vous sont d'ailleurs plus qualifiés que moi pour donner leur avis sur ce problème MAIS BIEN CONTRE LA MANIPULATION MEDIATIQUE EN FAVEUR DE LA CHASSE QUI COMMENCE, sans consultation réelle ni des plongeurs ni des biologistes.

Je demande à chacun d'entre vous de communiquer ce message à tous les biologistes sous marins et à tous les plongeurs, photographes, clubs etc. que vous estimerez concernés, et d'intervenir auprès de France 2 pour obtenir une copie de la séquence du Journal de 13 heures du 11 octobre 2002, de la discuter et de prendre part au débat, aussi nombreux que possible, de la façon (favorable ou défavorable) qui correspond à vos convictions et à votre expérience scientifique personnelles.

QU'IL Y AIT UN VERITABLE DEBAT OBJECTIF, ARGUMENTE SUR LES PLANS SCIENTIFIQUE ET ECONOMIQUE ET PAS ENCORE UNE MANIPULATION DES ESPRITS.

Avec toutes mes amitiés

Jacques Laborel
Professeur honoraire à l'Université de la Méditerranée